Zut alors, si le soleil quitte ces bords.
A.Rimbaud




Pour m'éviter d'écrire dans le désert laissez donc ici votre commentaire ...



Affichage des articles dont le libellé est © Texte de Louis Sagot-Duvauroux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est © Texte de Louis Sagot-Duvauroux. Afficher tous les articles

dimanche 14 octobre 2012

JACASSI JACASSA

(Chanson guignolesque)

Le sam'di soir chez Fernande
On rassemble les amis,
Ca pérore, ça harangue,
C'est un beau charivari.

Jacassi, Jacassa,
Jacassons entre les plats.

Dimitri l'idéologue
Catéchise l'assemblée.
Gare à toi si tu ripostes,
T'es tout d'suite excommunié.

Laura, cette pauvre idiote,
Dit qu'ça gâche la soirée.
Elle n'a pas compris la sotte
Qu'faut pas toujours s'amuser.

Jacassi, jacassa,
Jacassons entre les plats.

Philémon qu'est à la page
Nous crie son dernier pamphlet
D'vociférations sauvages
Contre l'université.

Mort à la culture bourgeoise,
Il est temps d'exécuter
La grammaire et l'orthographe.
Au nom du peuple opprimé.

Jacassi, jacassa
Jacassons entre les plats.



Le docteur qui nutritionne
Dit qu'on doit plus boire de lait,
Qu'l'eau d'la ville nous empoisonne
Qu'les jus d'fruits sont trafiqués.

Une décoction de luzerne
Dans d'la bave d'escargot,
C'est la boisson la plus saine,
Le nectar des écolos.

Jacassi, jacassa,
Jacassons entre les plats.

Le chasseur qui fait ripaille
Raconte la bouche pleine
Comment il a sur la paille
Fait basculer la Germaine.

Ce roi de la bonn’franquette
Reproche aux américains
Le réchauff'ment d'la planète
Et l'eczéma de son chien.

Faudrait pas que ces obèses
Oublient que nous les Français,
On est depuis Robespierre
La Lumière du monde entier.

Jacassi, jacassa,
Jacassons entre les plats.

Elodie qu'est à la mode
Blâme la mère au foyer,
Dit qu'faut libérer la drogue
Et couche // de tous côtés.




Elle se veut moderniste
Et d'un discours militant
Prône le libre échangisme
Et maudit le Vatican.

Il faut bien que la morale
Se conforme aux mœurs du temps.
Mais alors y a plus d'morale !?
Suffit ! Soyez tolérant.

Jacassi, jacassa,
Jacassons entre les plats.

Le vieux Gaspard qui marmonne
Nous a d'puis longtemps quitté.
Le regard vague il chantonne
Des refrains de son passé.

Comme la vie était belle
Et que le soleil brillait.
Elle est loin notre jeunesse,
Mon Dieu qu'en avons nous fait ?

lundi 15 mars 2010

Tranche napolitaine

(Deuxième épisode)

Un an plus tard, Michel fut nommé, sur la recommandation du Maire de Naples, au poste d'attaché culturel au Consulat de France.
C'est le visage rayonnant d'optimisme qu'il se présenta à Madame le Consul*. Celle-ci, la cinquantaine agressive, un physique de rat déterminé, l'écouta d'un air maussade exposer avec enthousiasme son programme de restauration du prestige de la culture française mis à mal par l'inertie de son prédécesseur.
Excédée par un discours qui la visait aussi, la sous-ambassadrice finit par interrompre sèchement ce nouveau venu qui lui faisait la leçon.
_ « voici vos horaires : 8h.30-12h.30 14h-18h. Soyez chaque jour à 16 heures dans mon bureau, je vous dicterai le courrier ; l'Etat Français est si radin que nous n'avons pas de secrétaire. »
Atterré par cet accueil très éloigné de ses rêves d'homme de gauche adepte de l'implication des Pouvoirs Publics dans la vie culturelle, Michel se retira dans le minuscule bureau qui lui était alloué : un ancien débarras sans fenêtre où traînait encore un jeu de balais et de serpillières.
Son premier geste fut d'accrocher au mur un tableau dont un peintre renommé lui avait fait cadeau et qui représentait un éclair noir sur un ciel vert.

Le lendemain, à huit heures trente, Madame le Consul fit irruption dans le bureau de son subordonné. « Ah non, pas de ça ici ! » s'écria-t-elle à la vue du tableau. « Un éclair noir ! C'est confondre un phénomène atmosphérique avec une pâtisserie au chocolat ! Un ciel vert ! Ma parole, ce daltonien prend le firmament pour une prairie ! Vous allez me faire le plaisir de repeindre cette croûte aux couleurs de la nature. »

*Le consul qui avait sauvé Caroline et Michel de la grillade avait été destitué pour offense envers la Mafia.


Horrifié par ce caporalisme obtus, Michel comprit que rien ne serait possible sous la férule de cette virago et, son tableau sous le bras, s'enfuit du consulat en hurlant sa démission.


Michel connaissait un docteur en sciences humaines qui avait été détaché par la Faculté d'Angers pour apprendre aux napolitains les conséquences des crues de la Loire sur le comportement des habitants de l'île de Béhuard.
Cette petite commune est périodiquement submergée jusqu'au clocher de l'église, ce qui oblige les cent-vingt-trois Béhuardais à porter en permanence une bouée autour de la taille avec les conséquences que l'on imagine sur la mode locale, l'ambiance des bals populaires et la chute de la natalité.
De mauvais esprits pourraient penser que le sujet était bien mince pour meubler trois années d'études. Ce serait ignorer que le professeur angevin avait astucieusement relié ce drame insulaire à deux évènements majeurs de notre époque : le réchauffement de la planète et la prolifération des obèses.
Il soutenait que les inondations géantes provoquées par la fonte des glaces allaient transformer l'humanité en une espèce amphibie. Selon lui, L'Evolution, prenant exemple sur la prévoyance béhuardaise, était en train de greffer sur les humains une bouée biologique destinée à les sauver d'un nouveau déluge. Telle était la cause de l’obésité galopante qui, après avoir engraissé les Etats-Unis, tendait à gonfler l’humanité toute entière.
Encore fallait-il se prêter à cette transformation. Malheureusement, par crainte de perdre la publicité des produits amaigrissants, les médias n'avaient fait aucun écho à cette découverte qui réhabilitait l'embonpoint.
Inconscientes du danger et victimes de l'idolâtrie de la planche à pain, les femmes s'obstinaient à suivre des régimes suicidaires, préparant ainsi l'avènement d'une société presque entièrement masculine. Faute d'être avertis de la victoire programmée du look Botero sur la ligne Giacometti, les grands couturiers, recruteurs de mannequins anorexiques, ourdissaient à leur insu le naufrage spectaculaire des défilés de mode.

Michel se réfugia chez ce penseur audacieux dont il admirait le génie visionnaire. Mais il s'aperçut bientôt avec stupeur que ce brillant universitaire était un bourreau d'enfant.
Son fils, âgé de quatorze ans, un miracle d'intelligence et de gentillesse, aurait bien voulu posséder un téléphone portable. Il offrait même d'en payer l'abonnement avec le très maigre argent de poche que lui concédaient ses parents.
Le père indigne opposait aux demandes multi quotidiennes de son fils des arguments soi-disant éducatifs dont la mauvaise foi révoltait.
Michel assista, au cours du dîner, à l'une de ces joutes verbales révélatrices de la tyrannie paternelle.
- Le langage abrégé des textos sabote l'apprentissage de la grammaire et de l'orthographe. Je ne veux pas qu'un fils illettré me fasse rater les palmes académiques.
- Mais non papa, mon professeur de français dit que la traduction d'une langue, même dans un idiome élémentaire, en améliore la connaissance. Tu nous as toi même vanté cent fois les vertus pédagogiques du thème dont tu décrochas, paraît-il, le premier prix au Concours Général. Et puis, ne sois pas inquiet pour ton magot, la contraction des SMS permet de correspondre au moindre coût. Au lieu de "je t'aime papa", je t'écrirai "T'M PA." Quatre lettres au lieu de onze ; plus de soixante pour cent d'économie.
L'insolence du propos qui, par bonheur, avait échappé au père abusif, fit sourire Michel qui prit la défense de l'adolescent.
Ce jeune homme a raison dit-il à l'odieux parâtre. Seriez vous l'un de ces vieux réacs qui, depuis l'origine de l'humanité, freinent la marche du progrès ; un clone de ces primates qui se cramponnèrent aux arbres pour échapper à l'hominisation ; un séide de ces seigneurs arrogants qui, sourds aux gémissements de leurs domestiques, imposèrent jusqu'à la Révolution Française l'usage de la chaise à porteurs ; une réplique de ces lourdauds qui niaient la possibilité de voyager dans les airs malgré l’exemple des oiseaux migrateurs.
Michel était de mauvaise foi car il se sentait solidaire de ces Don Quichotte qui luttaient en vain contre la marche du temps. Mais il fallait bien confondre ce père dénaturé.

Le lendemain de cette scène douloureuse, Michel prit congé de son ex ami et se rendit chez le Maire de Naples. Celui-ci mariait sa fille cadette avec le fils du Président du Sénat et donnait une fête somptueuse à laquelle Michel fut chaleureusement convié.
L'assemblée était prestigieuse. En ses qualités de premier magistrat et de chef de la Maffia, le maître de maison avait réuni la fine fleur de la pègre et de la haute société. Dans les jardins illuminés se côtoyaient en bonne intelligence des caïds de la drogue et des généraux chamarrés, des vedettes tout sourire et des maquerelles embourgeoisées, des banquiers partouzards et des cardinaux somptueux en robes écarlates...
Michel était très à l'aise parmi ces gens fortunés nullement effarouchés par son allure d'homme des bois, les artistes étant, à leurs yeux, dispensés de tout protocole. Bien qu'il s'en défendît, il adorait les conversations mondaines qu'il trouvait, à juste titre, plus attrayantes que le discours prétentieux de certains intellectuels autoproclamés. Son érudition lui permettait d'aborder avec bonheur presque tous les sujets et de débattre aussi bien avec des ministres que des guérilleros, des princes de l'église que des bouffeurs de curés, des académiciens que des crétins des Alpes... Bien qu'il se voulût misanthrope, il était d'une nature conviviale et chacun recherchait sa compagnie.
Il est navrant de penser que Michel n'ait pu trouver un peu de chaleur humaine qu'auprès d'une organisation criminelle, mais c'est ainsi. Les maffiosi ont peut-être des défauts mais il faut reconnaître que la cordialité de leur accueil pourrait servir d'exemple à certains (ou certaine) de nos fonctionnaires à l'étranger.
Toujours est-il que Michel passa dans les ors napolitains une soirée délicieuse, à peine assombrie par l'explosion du gâteau de mariage. Pour finir, le maire l'invita à demeurer dans sa somptueuse villa du bord de mer et, connaissant son goût pour le jardinage, promit de lui trouver un emploi dans la culture du pavot.

jeudi 25 février 2010

La Sainte Famille



L'Enfant Jésus. Il était bien connu dans son village...
Ses parents, ses voisins l'embrassaient comme du bon pain.
La Sainte Famille était sûrement bien vue. Malgré les ragots, la calomnie, les gens savent très bien reconnaître la sainteté.
A quoi pouvaient donc jouer les enfants dans ce temps là ?
A cache-cache? Jésus tu t'y colles !Quelle joie dans Sa maison !... le travail du bois, l'accueil ; mieux que l'humilité, mieux que la modestie : la simplicité.
Les femmes devaient confier leurs misères à Marie, raconter leur vie. Quelle finesse d'écoute ! Quel baume pour les cœurs blessés. Du coin de l'œil, elles regardaient Jésus ; tant de grâce souveraine, est-ce possible ?
Les hommes devaient entretenir Joseph de leurs projets. Le consulter, mine de rien, lui l'homme de bon conseil... et si fraternel.
Ils regardaient travailler le père avec le fils; quel métier, quelle justesse de mouvements, quelle harmonie !
Comme ils s'entendent, sans presque rien se dire.