Zut alors, si le soleil quitte ces bords.
A.Rimbaud




Pour m'éviter d'écrire dans le désert laissez donc ici votre commentaire ...



lundi 1 novembre 2010

l'Offrande Lyrique


Voici, à l’occasion des fêtes de la Toussaint, quelques extraits de l’offrande Lyrique, recueil de poèmes d’inspiration mystique écrits par Rabindranath Tagore, illustre poète indien qui reçut le prix Nobel de littérature en 1913 et qui est considéré dans son pays comme un saint.

Vie de ma vie, toujours j’essaierai de garder mon corps pur, sachant que sur chacun de mes membres repose ton vivant toucher.
Toujours j’essaierai de garder de toute fausseté mes pensées, sachant que tu es cette vérité qui éveille la lumière de la raison dans mon esprit.
Toujours j’essaierai d’écarter toute méchanceté de mon cœur et de maintenir en fleur mon amour, sachant que tu as ta demeure dans le secret autel de mon cœur.
Et ce sera mon effort de te révéler dans mes actes sachant que c’est ton pouvoir qui me donne force pour agir.

Mon chant a dépouillé ses parures. Je n’y mets plus d’orgueil. Les ornements gêneraient notre union ; ils s’interposeraient entre nous, et le bruit de leur froissement viendrait à couvrir tes murmures.
Ma vanité de poète meurt de honte à ta vue. O Maître-Poète ! je me suis assis à tes pieds. Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que tu puisses emplir de musique.

Dans la nuit de lassitude, permets que je m’abandonne sans lutte au sommeil et repose sur toi ma confiance.
Permets que mon esprit languissant ne s’ingénie pas à te préparer un culte dérisoire.
C’est toi qui tires les voiles de la nuit sur les yeux fatigués du jour, pour renouveler son regard au réveil dans une plus fraîche félicité.

Quel divin breuvage espères-tu, mon Dieu, de cette débordante coupe de ma vie ?
Mon poète ! est-ce là ton délice de voir ta création à travers mes yeux et, au parvis de mon oreille, d’écouter, silencieux, ta propre divine harmonie ?
A travers mon esprit, ton univers se tisse en paroles auxquelles ta joie communique la mélodie. Tu te donnes à moi par amour, et c’est alors qu’en moi tu prends conscience de ta suavité parfaite.

Quand nous jouions ensemble, jamais je n’ai demandé qui tu étais. Je ne connaissais ni timidité, ni frayeur ; ma vie était impétueuse.
Au petit matin, comme un franc camarade, tu m’appelais de mon sommeil et de clairière en clairière tu m’entraînais en courant.
En ce temps-là je ne m’inquiétais pas de connaître la signification des chansons que tu me chantais. Ma voix simplement reprenait les mélodies ; mon cœur dansait à leur cadence.
Mais à présent que l’heure des jeux est passée, quelle est cette vision soudaine ? L’univers et toutes les silencieuses étoiles se tiennent, pleines de révérence, les regards baissés vers tes pieds.


L’Offrande Lyrique est éditée chez Gallimard

lundi 6 septembre 2010

voyez

Paroles d’une chanson en attente de musique


Voyez,
Voyez passer les oies sauvages
Le cou tendu vers des rivages
Ensoleillés.

Voyez,
Voyez les ombres des nuages
Poursuivies par les vents d'orage
Courir les champs.

Voyez,
Voyez, gardiennes du canal,
Ces haies d'arbres qui se rejoignent,
Au bord du ciel.

Voyez,
Voyez courir l'eau des rivières
Vers la sauvagerie des mers,
Pauvre insensée !

Voyez,
Voyez se perdre à l'horizon
Ces goélettes qui s'en vont
Au bout du monde.

Voyez,
Voyez du haut de ces montagnes,
Ces bois, ces champs et ces villages,
C'est beau la paix.


Louis Sagot-Duvauroux
21 ter rue de Montreuil
94300 Vincennes

dimanche 29 août 2010

l'écolier

A l’intention des pauvres petits qui vont devoir reprendre le chemin de l’école, ce charmant poème de Marceline Desbordes-Valmore, âme sensible qui savait retrouver l’esprit d’enfance.

Un tout petit enfant s’en allait à l’école.
On avait dit : « Allez !... » Il tâchait d’obéir ;
Mais son livre était lourd, il ne pouvait courir ;
Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.

Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler ?
Moi, je vais à l’école : il faut apprendre à lire ;
Mais le maître est tout noir, et je n’ose pas rire :
Voulez-vous rire, abeille, et m’apprendre à voler ?
Non, dit-elle, j’arrive et je suis très pressée.
J’avais froid ; l’aquilon m’a longtemps oppressée ;
Enfin j’ai vu les fleurs ; je redescends du ciel,
Et je vais commencer mon doux rayon de miel.
Voyez ! J’en ai déjà puisé dans quatre roses ;
Avant une heure encore nous en aurons d’écloses ;
Vite, vite à la ruche ! On ne rit pas toujours ;
C’est pour faire le miel qu’on nous rend les beaux jours.

Elle fuit et se perd sur la route embaumée.
………………………………………………….
L’enfant reste muet, et, la tête baissée,
Rêve et compte ses pas pour tromper son ennui,
Quand le livre importun, dont la main est lassée,
Rompt ses fragiles liens et tombe auprès de lui.

Un dogue l’observait du coin de sa demeure.
…………………………………………………..
Bon dogue, voulez-vous que je m’approche un peu ?
Dit l’écolier plaintif. Je n’aime pas mon livre ;
Voyez ! Ma main est rouge, il en est cause. Au jeu
Rien ne fatigue, on rit ; et moi je voudrais vivre
Sans aller à l’école, où l’on tremble toujours.
Je m’en plains tous les soirs, et j’y vais tous les jours.
J’en suis très mécontent. Je n’aime aucune affaire ;
Le sort des chiens me plait, car ils n’ont rien à faire.

Ecolier ! Voyez-vous ce laboureur aux champs ?
Eh bien ! Ce laboureur, dit Stentor, c’est mon maître.
Il est très vigilant ; je le suis plus peut-être.
Il dort la nuit ; et moi, j’écarte les méchants.
………………………………………………………
Pour vous-même on travaille ; et, grâce à nos brebis,
Votre mère, en chantant, vous file des habits.
Par le travail tout plaît, tout s’unit, tout s’arrange.
Allez donc à l’école ; allez, mon petit ange !
……………………………………………………
Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux ;
Les chiens vous serviront.
L’enfant l’écouta dire ; son livre était moins lourd.
En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court.
L’espoir d’être homme un jour lui ramène un sourire.

A l’école, un peu tard, il arrive gaîment,
Et dans le mois des fruits il lisait couramment.