Zut alors, si le soleil quitte ces bords.
A.Rimbaud




Pour m'éviter d'écrire dans le désert laissez donc ici votre commentaire ...



lundi 6 septembre 2010

voyez

Paroles d’une chanson en attente de musique


Voyez,
Voyez passer les oies sauvages
Le cou tendu vers des rivages
Ensoleillés.

Voyez,
Voyez les ombres des nuages
Poursuivies par les vents d'orage
Courir les champs.

Voyez,
Voyez, gardiennes du canal,
Ces haies d'arbres qui se rejoignent,
Au bord du ciel.

Voyez,
Voyez courir l'eau des rivières
Vers la sauvagerie des mers,
Pauvre insensée !

Voyez,
Voyez se perdre à l'horizon
Ces goélettes qui s'en vont
Au bout du monde.

Voyez,
Voyez du haut de ces montagnes,
Ces bois, ces champs et ces villages,
C'est beau la paix.


Louis Sagot-Duvauroux
21 ter rue de Montreuil
94300 Vincennes

dimanche 29 août 2010

l'écolier

A l’intention des pauvres petits qui vont devoir reprendre le chemin de l’école, ce charmant poème de Marceline Desbordes-Valmore, âme sensible qui savait retrouver l’esprit d’enfance.

Un tout petit enfant s’en allait à l’école.
On avait dit : « Allez !... » Il tâchait d’obéir ;
Mais son livre était lourd, il ne pouvait courir ;
Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.

Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler ?
Moi, je vais à l’école : il faut apprendre à lire ;
Mais le maître est tout noir, et je n’ose pas rire :
Voulez-vous rire, abeille, et m’apprendre à voler ?
Non, dit-elle, j’arrive et je suis très pressée.
J’avais froid ; l’aquilon m’a longtemps oppressée ;
Enfin j’ai vu les fleurs ; je redescends du ciel,
Et je vais commencer mon doux rayon de miel.
Voyez ! J’en ai déjà puisé dans quatre roses ;
Avant une heure encore nous en aurons d’écloses ;
Vite, vite à la ruche ! On ne rit pas toujours ;
C’est pour faire le miel qu’on nous rend les beaux jours.

Elle fuit et se perd sur la route embaumée.
………………………………………………….
L’enfant reste muet, et, la tête baissée,
Rêve et compte ses pas pour tromper son ennui,
Quand le livre importun, dont la main est lassée,
Rompt ses fragiles liens et tombe auprès de lui.

Un dogue l’observait du coin de sa demeure.
…………………………………………………..
Bon dogue, voulez-vous que je m’approche un peu ?
Dit l’écolier plaintif. Je n’aime pas mon livre ;
Voyez ! Ma main est rouge, il en est cause. Au jeu
Rien ne fatigue, on rit ; et moi je voudrais vivre
Sans aller à l’école, où l’on tremble toujours.
Je m’en plains tous les soirs, et j’y vais tous les jours.
J’en suis très mécontent. Je n’aime aucune affaire ;
Le sort des chiens me plait, car ils n’ont rien à faire.

Ecolier ! Voyez-vous ce laboureur aux champs ?
Eh bien ! Ce laboureur, dit Stentor, c’est mon maître.
Il est très vigilant ; je le suis plus peut-être.
Il dort la nuit ; et moi, j’écarte les méchants.
………………………………………………………
Pour vous-même on travaille ; et, grâce à nos brebis,
Votre mère, en chantant, vous file des habits.
Par le travail tout plaît, tout s’unit, tout s’arrange.
Allez donc à l’école ; allez, mon petit ange !
……………………………………………………
Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux ;
Les chiens vous serviront.
L’enfant l’écouta dire ; son livre était moins lourd.
En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court.
L’espoir d’être homme un jour lui ramène un sourire.

A l’école, un peu tard, il arrive gaîment,
Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

mardi 6 juillet 2010

poésie Micheline

Voici une jolie poésie écrite par Micheline avant que nous nous connaissions.

Chezeau 30 août 1945

Un troupeau de moutons traverse en grand désordre
La cour de la maison et le chien prêt à mordre
Va, court, s’active, aboie, puis tout redevient calme.
Il est neuf heures et le soleil darde ses flammes
Et les nuages roses s’amusent avec elles
Et les grands peupliers dont la verte ramure
Frissonne et fait entendre un gracieux murmure
Etendent vers le ciel leurs bras pour le prier.
Nicolas sur les marches trempe ses petits pieds
Dans une flaque d’eau par le vent oubliée.
Le pauvre petit chat arrive tout mouillé,
Devant la porte close il a couché dehors.
Dans la prairie les vaches fixent de leurs yeux d’or
Les rails où de vieux trains vont circuler peut-être
Tandis que par bonheur les poules sous le hêtre
De pourpre costumées trouvent des vermisseaux
Qui après cette pluie sont devenus bien gros.

Dans la maison grand bruit,
Les uns pleurent, d’autres rient,
Tout le monde s’active
Et ne songe qu’à vivre
Longtemps, joyeusement
Avec beaucoup d’enfants.